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Lívia Melzi, scène VI (détail), 2021 Laine, lin, 216 x 180 cm Courtesy et crédit photo : Lívia Melzi

Tupi or not tupi

LÍVIA MELZI
Du 19/10/2022 au 27/11/2022

Lívia Melzi propose une enquête visuelle sur la représentation des manteaux Tupinambá, issus des tribus guerrières Tupi de la côte brésilienne, utilisés à l’origine pour des rituels anthropophages. L’artiste met en lumière les discours construits autour de ces objets conservés aujourd’hui uniquement dans les réserves d’institutions muséales en Europe tout en faisant se rencontrer l’art de la table français et l’anthropophagie.

La pratique de Lívia Melzi se développe sur le terrain de l’archive, de la mémoire et de la construction de l’identité à partir d’images quasi-documentaires. Par la photographie, l’artiste cherche à interroger les mécanismes à l’œuvre dans la production, la conservation et la circulation des images. Ses différents projets, de la figure méconnue d’Hercule Florence (pionnier de la photographie au Brésil) à l’enrichissement des collections dans les musées européens, posent un regard sur l’histoire et la place de certaines représentations héritées de l’époque coloniale.

 

Lívia Melzi, Musée du Quai Branly, 2020 Photographie Courtesy de l’artiste et galerie Ricardo Fernandes (Saint-Ouen) Crédit photo : Lívia Melzi

L’artiste brésilienne initie en 2018 une recherche sur les manteaux Tupinambá, issus des tribus guerrières Tupi largement décimées lors des premiers contacts avec les Européens au XVIe siècle. Les descendant·es Tupi en tant que tribu survivent aujourd’hui dans les forêts tropicales menacées d’Amazonie. De ces manteaux, à l’origine utilisés pour des rituels anthropophages et importés en Europe au dix-septième siècle, ne restent plus que huit exemplaires, conservés dans les réserves de sept institutions : Musée du Quai Branly (France), Musée du Cinquantenaire (Belgique), Museum der Kulturen (Suisse), Nationalmuseet (Danemark), Biblioteca Ambrosiana (Italie), Museo di Etnografia di Firenze (Italie), Basilica di San Lorenzo (Italie). Lívia Melzi propose une enquête visuelle sur la représentation de ces artefacts dans les collections européennes, mettant en lumière les dispositifs muséologiques qui les exposent comme les discours construits autour de ces objets.

Pour le Palais de Tokyo, elle développe un projet en plusieurs temps :

Elle intervient le 1er juin 2022 au sein du séminaire « Autochtonie, hybridité, anthropophagie (II) », conçu en partenariat avec l’École normale supérieure (Paris). Dans ce contexte, Lívia Melzi et Eduardo Jorge de Oliveira (professeur en études brésiliennes au Séminaire d’Études Romanes de l’Université de Zurich) proposent une déambulation en compagnie du Manifeste Anthropophage d’Oswald de Andrade (1928) pour tisser un fil qui relierait le manteau Tupi présent dans les réserves du musée du Quai Branly à des expositions historiques telles que Cartes et Figures de la Terre (Centre Pompidou, 1980), Magiciens de la terre (Grande Halle de la Villette et Centre Pompidou, 1989) ou plus récemment Réclamer la terre (Palais de Tokyo, 2022).

L’artiste conçoit également un banquet en collaboration avec l’Ambassade du Brésil à Paris, invitant à cette occasion des représentant·es de la scène artistique brésilienne contemporaine à recréer un rituel anthropophage symbolique. Ce banquet sera le sujet d’un film présenté dans l’exposition.

Cette dernière met en relation ces précédentes interventions avec un ensemble de tapisseries inspirées de l’ouvrage Grands Voyages : America Tertia Pars de Théodore de Bry, publié en 1592. Les gravures l’illustrant dépeignaient les autochtones comme des guerriers barbares, dangereux et cannibales. Les Americae sont publiées en treize volumes, entre 1590 et 1634, alors que Théodore de Bry n’a jamais quitté l’Europe. Le titre de l’exposition trouve son origine dans le célèbre Manifeste devenu le concept fondateur de la pensée moderniste brésilienne, Oswald de Andrade écrivant : « Tupi or not Tupi, that is the question ». Cette citation emblématique (écrite en anglais dans l’original), est autant une célébration des Tupis et de leurs pratiques rituelles qu’un exemple métaphorique de cannibalisme : le texte « mange » Shakespeare avec cette référence à Hamlet.

 

Du 19/10/2022 au 27/11/2022

Commisaire Daria de Beauvais

Assistante curatoriale Lisa Colin

Lauréate du Grand Prix du 65e Salon de Montrouge

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