Normcorps

par Eulalie Combe

 


 

Eulalie Combe écrit, dessine, lit et performe ses textes, parfois sur des bandes sonores qu’il compose. Diplômé du master de création littéraire à l’école d’art de La Cambre en 2024, il poursuit aujourd’hui un master de recherche en théâtre à la Sorbonne-Nouvelle, en s’intéressant particulièrement aux scènes ouvertes de lectures performées et aux formes contemporaines de l’écriture de l’intime et de la poésie sonore – entre Bruxelles et l’Île-de-France.

Ici, l’artiste fait poser des modèles du jeu vidéo Dress to Impress – des corps dont la visibilité ne tient, habituellement, qu’aux apparats qui leur sont attribués le temps d’un défilé. Rejouant les codes de l’imagerie en ligne des flashs de tatouage, il inscrit à même leur peau désaffectée la tension entre désirs d’invisibilité et désirs d’intégration, particulièrement prégnante dans l’expérience du handicap. Sans fard le temps de quelques pages, leurs corps nous donnent ainsi à lire les normes qu’ils sont censés porter, et les dysphories que ces injonctions produisent lorsqu’on doit performer pour exister.

 


 

 

je ne sais pas comment me présenter

 

C’est ce que j’ai dit à mon amix, en repensant à la dernière soirée d’anniversaire où je suis allé.

Je raconte comment les présentations, en soirée comme ailleurs, sont codifiées et que ça dépasse mon cerveau autiste.

C’est un samedi, j’arrive dans l’appart en milieu de soirée, y a déjà du monde. Je rentre je dis bonjour à personne. Je m’assois dans un coin avec un verre et un gars me dit : « Je me souviens plus de ton prénom, on s’est PRÉSENTÉS ? »

 

*

 

Et je me rappelle la conv avec Cy mon copain allemandx quand je lui explique la bise, et à quel point c’est très genré.

une bise à une femme,
une poignée de main à un homme.

À cette soirée les gars m’ont tchecké ~ je ressens leur poignée de main forte, la mienne encore timide, mouvement superficiel ~ et je le vivais comme un truc euphorique, mais je savais aussi que dès que j’ouvrirai la bouche, ça me précipiterait vers ma chute.

 

*

 

J’ai eu l’impression de devoir cacher tellement de parties de moi. Je peux plus supporter d’être perçu comme une femme / genré au féminin toute une soirée… et j’ai pas non plus envie d’épiloguer sur la non-binarité. Dire : c’est il, sous entendu : je suis un homme (trans) ça semble plus simple. ET CE SERAIT POSSIBLE S’IL Y AVAIT QUE ÇA. Si c’était que ça je dirais ouais je suis un mec, ouais c’est il, mais puisque mon image contredit encore plein de choses dans cette affirmation, faudrait assumer. Faudrait le dire avec assurance.

Et si c’était que ça — mais
— mais mes questions de genre n’effacent pas l’autisme.

 

*

 

I don’t know how to introduce myself

 

no costume for “halloween” because i am already performing my gender everyday
masking my ethereal nature (autism) for an ungreatful audience

moustache dyke
pussy boy

 

*

 

Après, avec Cy on a regardé les prénoms en Eu-

Recherche Google : Prénoms masculins en Eu-.

À part Eugène frère y a rien qui passe. On dirait des noms d’elfe. Ok c’est badass j’ai dit, mais ça simplifie rien.

 

je ne sais pas

comment dire