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Laure Prouvost Ring, Sing and Drink for Trespassing

À l’occasion de sa première exposition personnelle dans une institution parisienne, Laure Prouvost propose une échappée, tant géographique que mentale. Transformant les lieux avec une scénographie originale dont le dessin global évoque tant un œil grand ouvert qu’un sein, elle conçoit dans le même temps divers recoins, testant la curiosité du visiteur et l’invitant à s’y aventurer. Multipliant les points de vue avec générosité et humour, Ring, Sing and Drink for Trespassing est une ode aux chemins de traverse et au dépassement des limites, à la joie de se faufiler à travers un grillage pour découvrir un terrain vague, ou un jardin merveilleux aujourd’hui abandonné, au fond duquel l’artiste aurait trouvé un laboratoire biologique dystopique oublié.

Faisant fi de l’accès habituel, un couloir incurvé invite à pénétrer dans l’espace. D’abord recouvert de tapisseries, ce couloir se transforme en treillis métallique entrelacé de branchages et d’éléments hétéroclites (rétroviseurs, framboises, collages, coupures de presse, vases fessus…) : on passe ainsi d’objets manufacturés à des traces de forêts – premier signe que la nature reprend ses droits, mais aussi que le monde extérieur vient se nicher dans les interstices du lieu. L’artiste sort aussi de sa zone dédiée pour disséminer ses étranges messages ailleurs dans le bâtiment : « IDEALLY THIS PLANT WOULD GROW BOOBS AND PRODUCE MILK » [Idéalement cette plante aurait des seins et produirait du lait], « IDEALLY HERE WOULD BE A SMALL CRACK IN THE WALL YOU COULD PASS THROUGH » [Idéalement ici se trouverait une fissure dans le mur que vous pourriez traverser]…

Au coeur de l’exposition, une fontaine – symbole de féminité et d’énergie vitale tout en évoquant formellement le sein nourricier – crée une zone de fraîcheur et de légèreté. L’architecture forme une assemblée circulaire, lieu de rencontre pour les visiteurs qui pourront y faire une pause après avoir découvert les panoramas atypiques imaginés par l’artiste. Inspirée par le réchauffement climatique et les aberrations de la nature qui en résultent, Laure Prouvost propose sa version d’un « jardin d’Éden à Tchernobyl « Ring, Sing and Drink for Trespassing » nous invite à explorer et célébrer l’ambiguïté, mettant en scène des oeuvres (inédites pour la plupart) pleines d’éléments disruptifs, nous obligeant sans cesse à reconsidérer notre point de vue et notre compréhension des choses. Comme une mise en abyme, l’artiste présente une nouvelle vidéo, utilisant pour son tournage des éléments également présentés dans l’exposition.

Familière de la prosopopée et conteuse horspair, Laure Prouvost nous invite à participer, à dialoguer avec ses créations et à voir le monde autrement, mettant en avant l’hybridation des formes et des espèces ainsi que la propagation de ses oeuvres dans l’espace. Dans la lignée des mots-valises chers à Lewis Carroll, Laure Prouvost joue avec le langage en l’utilisant comme outil pour l’imagination. Elle crée ainsi des objets-valises : personnages métalliques anthropomorphes à tête-écran plat, branchages à excroissances mammaires ou implants fessiers, fruits et légumes dopés aux OGM (ou tout simplement à l’imagination de l’artiste), entre autres. C’est ainsi que pénétrer dans son exposition, en poussant une porte entrebâillée ou en traversant un couloir, nous fait passer de l’autre côté du miroir.

Commissaire : Daria de Beauvais
Scénographe : Diogo Passarinho

Exposition

Du 22/06/2018 au 09/09/2018

À découvrir de midi à minuit, tous les jours sauf le mardi

#LaureProuvost

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« En tant qu’artiste j’aime souvent perdre le contrôle, faire simplement allusion à certaines choses, afin que chacun puisse se faire sa propre interprétation. Le spectateur doit lui-même trouver du sens à son environnement et utiliser son imagination. Je joue avec l’idée d’être emporté dans des lieux dont on ne pourra peut-être pas revenir. » Laure Prouvost

Laure Prouvost

Laure Prouvost est née à Justelieu (France) en 1961, avant de s’installer à Londres où elle étudie au Central Saint Martins College puis au Goldsmith College. Lauréate du Max Mara Art Prize en 2011 et du Turner Prize en 2013, elle vit aujourd’hui entre Londres, Anvers et une caravane dans le désert croate.

Son oeuvre prend la forme d’histoires indépendantes qui se recoupent et se répondent, où la fiction se mêle à la réalité. Ces situations deviennent des installations immersives qui invitent à l’évasion et dans lesquelles dialoguent films, sculptures, peintures, tapisseries, performances ou fragments de récits, parfois adressés directement au visiteur. Généreux et plein d’humour, son travail examine les relations entre langage, image et perception, plaçant le visiteur dans des situations de doute et d’incompréhension, mais aussi d’émerveillement, tant intellectuel que sensoriel.

L'artiste représentera la France à la 58e Biennale d’art de Venise en 2019. Elle a bénéficié de nombreuses expositions personnelles à l’international, dont récemment au Walker Art Center (Minneapolis, 2017), au Pirelli Hangar Bicocca (Milan, 2016), à Fahrenheit (Los Angeles, 2016) ou à la Haus der Kunst (Munich, 2015) ; mais aussi en France au Consortium (Dijon, 2016) et au musée de Rochechouart (2015). Parmi les expositions collectives récentes auxquelles elle a participé, on peut citer la 13e Biennale de la Baltique (Vilnius, 2018), « Speak » à la Serpentine Gallery (Londres, 2017), « Practising habits of the day » à l’ICA (Singapour, 2016) ou « Hybridize or Disappear » au National Museum of Contemporary Art - Museu do Chiado (Lisbonne, 2015).

Laure Prouvost est représentée par les galeries Nathalie Obadia (Paris / Bruxelles), carlier | gebauer (Berlin) et Lisson Gallery (Londres / New York).

Cette exposition bénéficie du soutien de