
Différentes visions de la performance questionnent le terrain ambigu du réel, jouant avec sa construction et notre expérience de ce dernier.
Du Caire à New York, de Manifesta 7 à la Biennale Young Artists de Bucarest, Antonia Alampi et Jason Waite sillonnent le monde. A travers l’exposition « The Real Thing? », plusieurs manières d’aborder la performance mettent en cause la notion ambiguë de réel et révèlent le caractère construit de nos expériences.
Sho Kazakura, The Real Thing, 1962 : un certain nombre de sources historiques affirment que l’artiste japonais visionnaire est apparu nu, debout et immobile dans une galerie de Tokyo par ailleurs complètement déserte. Une époque où l’ontologie de la performance résidait dans la présence de l’artiste lui-même, lorsque les masques, récits et scénographies disparaissaient pour affirmer le caractère indissociable de l’art et de la vie sous tous ses aspects.
Les recherches menées par les curateurs ont révélé pourtant que la performance de Kazakura n’a probablement jamais eu lieu, mettant en question les constructions du « réel » lui-même et le redéfinissant comme un processus soumis sans cesse aux révisions, aux interprétations et aux effets de perception.
Fondu enchaîné vers le présent : cette exposition présente des pratiques performatives qui peuvent être comprises comme la reformulation du titre de Sho Kazakura sur un mode interrogatif : « The Real Thing? » C’est une manière de redéfinir la relation dialectique entre le « réel » et le « sujet » dans l’espace de la performance, et d’explorer la notion de vérité autour de la position du performeur et de l’expérience d’un événement.
Dans La Subjectivité à venir, Slavoj Zizek recourt à la métaphore du café décaféiné pour décrire le rapport à une « vraie vie » vidée de sa substance que nous offrent la télévision, l’internet et les autres médias. De quelle « vraie vie » peut-on parler aujourd’hui ? se demande-ton ici, quand la dimension performative constitue inévitablement l’interface aléatoire entre les faits, leur médiation et leur réception.
« The Real Thing? » pose un regard critique sur la définition des faits, la (non-)singularité du sujet, la mise en scène de l’idéologie, le rôle de la conviction dans la perception des phénomènes, la frontière ténue entre réalité, fiction et subjectivité, l’intrusion des émotions dans le champ de la performance. Les artistes emploient la palette des outils corporels (mouvement, parole, émotion, souvenir) face au spectateur confronté à une nouvelle conception de la présence. Les conditions du dialogue se trouvent modifiées, et l’on voit s’esquisser une autre grammaire de l’inscription dans l’espace.
CURATEURS
Antonia Alampi (née en 1983 en Italie) est curatrice à Beirut (Le Caire), conférencière en histoire de l’art à l’Azzah Fahmy Design Studio (Le Caire), tuteur à Alchimia (Florence) et siège au comité scientifique du centre de documentation DOVA à Milan. Elle publie régulièreùment dans plusieurs journaux, magazines et éditions, et organise divers types d’expositions à titre indépendant. Elle a obtenu un master d’histoire de l’art à Rome et participé au programme de formation curatoriale De Appel à Amsterdam. Ancienne codirectrice de lassociation culturelle Opera Rebis, elle a également collaboré à Manifesta7 en 2008 et travaillé pour la Galleria civica d’arte contemporanea de Trente.
Jason Waite est un curateur et critique d’art établi à New York. Co-commissaire de la IVe Biennale des jeunes artistes de Bucarest en 2012, fondateur de la plateforme mobile International Guerrilla Video Festival, il a travaillé au Solomon R. Guggenheim Museum de New York, à l’Independent Curators International et à la Cittadellarte-fondation Pistoletto. Jason Waite a obtenu un master en art et politique au Goldmiths College de Londres et une bourse Helena Rubinstein de recherche curatoriale dans le cadre du programme de formation du Whitney Museum.
AVEC
Jérôme Bel, Alicia Frankovich, Shadi Habib Allah, Chelsea Knight et Mark Tribe en collaboration avec Valerie Oberleithner, Alexi Kukuljevic, Pilvi Takala et Diego Tonus