
La Chambre des échos invite à s’interroger sur ce que le langage nous fait. Elle réunit autour d’une intervention d’Élise Legal, auteur·ices et chercheur·euses qui interrogent la langue comme lieu de domination mais aussi comme outil de résistance, de création et de friction poétiques et politiques.
Son point de départ est un acte symbolique : la décision de rebaptiser le Golfe du Mexique en Golfe d’Amérique, imposée aux cartes et aux institutions fédérales étasuniennes. D’apparence absurde, ce geste dévoile une stratégie plus large et largement éprouvée, celle d’un pouvoir qui tente de contrôler la réalité en la renommant à ses fins. Volontairement provocateur, cet acte s’inscrit dans une politique plus vaste : bannir certains termes tels que diversité, inclusion, équité, justice raciale, intersectionnalité… des discours et des programmes publics et administratifs pour tenter d’éradiquer les réalités sociales qu’ils désignent.
C’est précisément l’enjeu du travail de l’artiste et autrice Élise Legal, qui mêle images trouvées, dessin et poésie, pour porter une attention particulière à la manière dont le langage et les corps coexistent. Son intervention intitulée Maudite se présente sous la forme d’une peinture murale réunissant un poème et le dessin d’un personnage emprunté aux pages du magazine anglais féministe Spare Rib. Soulignant l’articulation entre l’intimité de
la pensée et son adresse, la singularité d’une parole, la physicalité de la langue et son incorporation, c’est la manière dont on fait corps ensemble à travers le langage que l’artiste travaille. « Selon Monique Wittig,
les mots sont responsables de tout l’individu en cause jusqu’à la forme de son moindre muscle. J’ai envie de montrer qu’il y a des langues qui abîment, qui rendent malades, qui façonnent les corps en les atteignant de l’intérieur. » Son intervention sert de cadre à des ateliers d’écriture et de lecture qui se déroulent de façon ponctuelle tout au long de la saison.
La chambre des échos est un espace à la lisière de la programmation et de la médiation culturelle. Elle propose des expositions et des événements à échelle et durée variables dans la zone d’accueil gratuite du Palais de Tokyo. Elle est pensée comme un espace souple et réactif, inspirée par la logique des droits culturels, un mouvement qui vise à faire reconnaître le droit de chaque personne ou de chaque groupe à participer à la vie culturelle et à exprimer sa culture.
Accès libre et gratuit depuis le hall du Palais de Tokyo.
Artiste : Élise Legal
Designer graphique : Clara Degay
