
Pauline Curnier Jardin, Hot Flashes Flowers, 2023, coton, filet, peinture acrylique. Vue de l’exposition « Hot Flowers, Warm Fingers », Centraal Museum (Utrecht), 2023. Collection Centraal Museum (Utrecht). Crédit photo : Gert Jan van Rooij. Courtesy de l’artiste, Ellen de Bruijne Projects (Amsterdam) & ChertLüdde (Berlin) © Adagp, Paris, 2026
Intitulée « Virages Vierges », l’exposition personnelle de Pauline Curnier Jardin prend pour point de départ la notion de déviation, voire de déviance : le virage comme sortie de la ligne droite, abandon de la trajectoire stable au profit de l’incertitude et des chemins de traverse. À l’image de ses narrations fragmentées, l’œuvre de l’artiste se construit dans des zones de trouble où fiction, rituel et documentaire s’entrelacent sans hiérarchie.
Les vierges renvoient aux corps féminins, saturés d’histoires, d’injonctions et de violences, pris dans une tension constante entre sacralisation et stigmatisation. Entre les figures de la sainte et de la prostituée, ces corps, tour à tour idéalisés, contrôlés ou condamnés, affirment une puissance désirante et transgressive, loin de toute passivité ou objectification. Le terme évoque également le territoire vierge : l’inconnu comme espace de projection et de réinvention. « Virages Vierges » désigne ainsi ces moments de bascule où corps, récits, croyances et constructions quittent les voies toutes tracées pour ouvrir, de manière irrévérencieuse et indocile, d’autres devenirs possibles.
Cette exposition monographique d’envergure permet à Pauline Curnier Jardin de déployer sa pratique à travers une sélection d’œuvres majeures – notamment installations vidéo et sculptures – ainsi que de nouvelles productions. On y découvre ses atmosphères fantasmagoriques, entre théâtre, cinéma et rituel, au service de thématiques récurrentes : la fluidité entre vulnérabilité et puissance des corps, la place des femmes dans la société, ainsi que les formes de spiritualité et de syncrétisme populaires.
Pour la création d’une nouvelle installation vidéo, l’artiste s’inspire d’un cinéma clandestin découvert en 2004 sous le Trocadéro (voisin du Palais de Tokyo) et surnommé « les arènes de Chaillot » – un lieu où inventer d’autres formes de liberté. Ce site résonne profondément avec son œuvre, nourrissant son attrait pour les espaces liminaires, les pratiques dissidentes et les récits qui échappent aux normes établies.
Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une relation au long cours entre le Palais de Tokyo et l’artiste, qui a précédemment participé aux expositions collectives « Dynasty » (2010, avec le musée d’art moderne de Paris) et « Anticorps » (2020).
L’exposition est réalisée en collaboration avec le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid, qui la présentera dans une version adaptée à l’automne 2027.
La première monographie consacrée à l’œuvre de Pauline Curnier Jardin sera publiée en 2026. Une collaboration entre le Palais de Tokyo (Paris), le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (Madrid) et le M HKA (Anvers).
Curatrice : Daria de Beauvais, assistée d’Inès Fodil
Scénographe : Rachel Garcia


