Un mur de galerie blanc avec plusieurs trous et dommages, des débris éparpillés sur le sol en bois, et un grand objet ressemblant à un rocher reposant près du mur.
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NOUS EN SOMMES LÀ

JOSEPH GRIGELY
Du 03/04/2026 au 13/09/2026

C’est en tout premier point dans l’architecture même d’un lieu que peut se lire son accessibilité. Y a-t-il des marches avant le palier qui en rendraient impossible l’entrée pour des personnes en fauteuil ? Faut-il emprunter un chemin détourné et moins visible pour accéder à l’espace ? Combien d’ascenseurs ou de plateformes d’élévation faudra-t-il appeler en plus que les personnes valides pour descendre, monter, circuler, et accéder aux expositions d’un centre d’art ?

Invité par le Palais de Tokyo à produire un geste dans un de ses espaces particulièrement inaccessibles aux personnes à mobilité réduite, Joseph Grigely se saisit des questions de handicap et d’accessibilité qui s’y posent. Comment l’architecture du lieu pourrait-elle être modulée ? Que donnerait la rencontre entre un escalier et une rampe ? Comment l’accès pour chacun·e devient-il une responsabilité commune, et non plus seulement celle de celles et ceux désignés comme « handicapés » ?

Une tête en plâtre brisé repose sur un sol en bois, entouré de débris et de fragments de plâtre épars, près d'un mur blanc.
Joseph Grigely, Between the Walls and Me, 2023. Vue d’installation Massachusetts Museum of Contemporary Art, (North Adams), 2023. Crédit photo : Jon Verney. Courtesy de l’artiste & Air de Paris (Romainville / Grand Paris)

Par un ensemble d’œuvres et une publication en risographie, l’artiste se charge de penser et tenter de concevoir ce qu’il appelle une « prothèse d’accès ». A travers cet outil conceptuel et matériel, il propose d’éprouver sa propre circulation dans le monde en tant que personne sourde, tout en esquissant des pistes pour rendre ce chemin plus accessible et signifiant. Du même coup, ce processus suppose de repenser en profondeur la manière dont les institutions organisent, présentent et financent l’accessibilité, un chantier dont l’artiste invite à reconnaître le caractère exigeant pour toutes les parties impliquées. L’inaccessibilité n’est pas seulement un oubli : elle est souvent le fruit d’une conception historique imparfaite, dont les effets se prolongent, même lorsque les volontés d’amélioration sont sincères. D’où le titre de l’installation de Grigely : This is where we areNous en sommes là.

Une galerie d'art contemporain avec un sol en bois clair, diverses œuvres d'art encadrées sur des murs blancs, des chaises éparpillées et, au centre, une sculpture haute et fine faite de blocs colorés.
Joseph Grigely, What the stress amounts to, 2023. Vue d’installation, Dan Diego Museum of Contemporary Art, 2024. Crédit photo : Joseph Grigely. Courtesy de l’artiste et Air de Paris (Romainville / Grand Paris)

Depuis plus de trente ans, le travail de Joseph Grigely — en tant qu’artiste, chercheur et activiste — s’attache à reconfigurer le regard porté sur le corps handicapé, pour le faire apparaître comme un corps porteur de capacité : un corps qui interroge. Qui a accès à quoi ? Qui se voit refuser l’accès aux lieux, aux personnes, aux échanges ? Et en quoi cela nous affecte-t-il collectivement ?
Bien qu’il ait exploré de nombreux médiums, Grigely est surtout connu pour ses Conversation Pieces — une série d’œuvres constituées de feuillets sur lesquels des personnes entendantes ont écrit pour communiquer avec lui. Ces notes, réagencées, deviennent des récits fragmentés à la croisée de l’oralité et de l’écriture. Parfois organisées en grilles formelles, parfois en tableaux plus libres, elles donnent à voir l’accès aux voix d’autrui, tout en devenant elles-mêmes la matière de l’œuvre.

Ainsi, depuis trois décennies, Joseph Grigely explore l’idée d’un art où l’accessibilité est pensée comme un médium à part entière. « This is where we are » en constitue l’aboutissement le plus récent.

DU 03/04/2026 AU 13/09/2026

Curatrice : Horya Makhlouf, assistée de Léna Kemiche