
Vue d’exposition, Turner Prize, Towner Eastbourne, UK, 2023-2024 © Tom Carter. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Sultana.
Par des gestes à la fois simples, minimaux et spectaculaires, les sculptures et installations de Jesse Darling (lauréat du Turner Prize en 2023) révèlent les récits clandestins qui hantent les objets, matières, formes qui peuplent nos vies quotidiennes. Travaillant en priorité avec des matériaux industriels, des objets usagés ou des rebuts prélevés autour des lieux où il expose, il les assemble en compositions insolites, reliques hybrides ou paysages fantastiques, en accentuant les marques du temps sur leur état physique, entre épuisement et dégradation, comme pour en souligner la fragilité et la précarité.
Sa nouvelle production, pensée pour la grande Verrière du Palais de Tokyo, invite à pénétrer dans un impressionnant paysage d’affiches et d’enseignes publicitaires rendues illisibles, et peuplé d’une foule fantomatique de pupitres de discours surmontés de drapeaux flottant alternativement au vent. Ici, ces symboles de pouvoir sont altérés, effacés, rendus inaudibles, comme saisis dans une dégradation ou une déréalisation en cours.
Teinté d’une forme de mélancolie critique, ce travail nous connecte avec l’émouvante précarité des matérialités qui nous entourent, mais aussi celle des systèmes de production, de consommation et de domination qui les ont rendus possibles. Ce recyclage poétique du réel s’apparente à un désarmement, qui met momentanément à distance la violence pour mieux la neutraliser.
Le titre de l’œuvre, en référence à un tableau de Hans Holbein le Jeune, est une allusion aux vanités de la Renaissance, qui représentaient de manière allégorique la fragilité de la vie humaine et la fatuité des signes de pouvoir, de culture et de progrès. De la même manière, ces fossiles matériels, rongés par l’Histoire, racontent la fatigue des récits dominants défiés par le renouvellement nécessaire des valeurs dans un monde abîmé. C’est par un désordre utile, au sens propre de « défaire un ordre », qu’il propose une résistance aux normes d’un monde productiviste.
Cette exposition bénéficie du soutien de : Logo Fluxus Art Projects.
Curateur : Guillaume Désanges, assisté de Léna Kemiche et Sonia Recasens
