
Cheryl Marie Wade, en mars 2000. Réalisatrice : Diane Maroger. Crédit photo : Sylvia Calle
Surnommée The Queen-Mother of Gnarly, Cheryl Marie Wade (1948 –2013) a construit une œuvre qui mêle poèmes, one-woman shows et chansons. Sa pratique a émergé dans des groupes de parole entre femmes, avant de se déployer sous forme de spectacles devant un public de plus en plus nombreux. Ses performances ont ensuite été diffusées sur des cassettes VHS vendues par correspondance lorsque son état de santé ne lui a plus permis de monter sur scène.
Au sein d’une scène d’artistes handicapé‧es qui se développe à Berkeley, en Californie, à la fin des années 1970, elle se réapproprie avec d’autres l’insulte de cripple pour former le mot crip. Ensemble, iels détachent le handicap du discours médical pour l’affirmer comme une expérience sensible et partagée du monde.
Dans le cadre d’un documentaire destiné à la télévision française, la réalisatrice et militante handicapée Diane Maroger rencontre Cheryl Marie Wade, rassemble ses poèmes et multiplie les allers-retours à Berkeley au début des années 2000. Ce travail aboutit à des dizaines d’heures de films documentant la communauté handix en Californie, avant que, faute de diffuseur, le projet ne soit abandonné par le producteur.
Vingt-cinq ans plus tard, cette exposition devient une salle de montage pour visionner les performances et interviews de Cheryl Marie Wade dont l’œuvre était jusqu’à présent restée à la marge du monde de l’art. Ces images sont mises en relation avec les œuvres d’artistes contemporain·es ayant des liens directs ou métaphoriques avec la scène crip de Berkeley. Les rapprochements qui se forment sont autant d’ébauches de films possibles que de réflexions sur ce qui fait que certaines œuvres peuvent, ou non, nous être inaccessibles.
En écho aux thématiques de l’exposition, en juin 2026 se tiendra au Palais de Tokyo un festival de poésies et performances consacré à la scène crip contemporaine.
Artistes : Panteha Abareshi, John Lee Clark, Tarik Dobbs, JJJJJerome Ellis, Noa Micaela Fields, Joseph Grigely, Carolyn Lazard, Diane Maroger, Park McArthur, Saleem Hue Penny
Curateur·ices : Lucie Camous et Étienne Chosson , à partir d’un documentaire inachevé de Diane Maroger
Coordinateur·ices : Simon Bruneel-Millon et Horya Makhlouf
