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Anita Molinero Bouche-moi ce trou

Déployée dans les airs au-dessus du palier d’honneur du Palais de Tokyo et dans l’espace environnant, l’installation conçue par Anita Molinero se compose d’un ensemble de sculptures en polystyrène brûlé enchaînées les unes aux autres comme les fragments d’une planète fossilisée ou d’un vaisseau spatial à la technologie incertaine. Sur cette scène aérienne aux allures d’apocalypse urbaine de série Z, veille telle une « gardienne » mutique, une sculpture de chaînes et de fourrure.

Depuis plus de trente ans, Anita Molinero explore les fondamentaux de la sculpture : le plein et le vide, la matière et le volume, le poids et la masse, en privilégiant l’énergie irréversible du geste et de l’improvisation. Les objets tirés du quotidien et les matériaux hétéroclites qu’elle récupère (poubelles et mobilier urbain en plastique et en résine, polystyrène, mousses synthétiques, jouets, éléments de voitures, emballages, rebuts divers...) sont travaillés au lance-flamme pour générer des formes variées et proliférantes. Carbonisations et ondulations, béances et boursouflures, effets de cristallisation et de floraison apparaissent ainsi sur les surfaces criardes de ces matériaux ordinaires dans un équilibre tendu entre forme et informe, entre résistance de la matière et expressivité du geste.

La transformation de ces matériaux issus du monde industriel nous plonge dans un univers comparable à celui des films de science-fiction que l’artiste apprécie, non pas tant pour leurs scénarios catastrophes que pour leurs décors et leurs effets spéciaux. Elle parle ainsi de « formes-fictions » pour désigner ses oeuvres mutantes, qui n’offrent toutefois pas plus de résolution narrative qu’elles n’illustrent de commentaires sociaux ou politiques sur la surconsommation ou l’écologie. De fait, c’est bien par l’exhibition de leur état précaire, par leur inventivité formelle, par leur violence parfois obscène, comme par leur humour jubilatoire qu’elles s’imposent comme témoins des tumultes du monde contemporain.

Commissaire : Yoann Gourmel

Œuvres in situ / Anémochories

Du 16/02/2018 au 09/09/2018

À découvrir de midi à minuit, tous les jours sauf le mardi

#AnitaMolinero

« Un bloc en polystyrène cramé, “météorisant” orange et chaud comme la braise façon Mad Max a traversé les baies vitrées du Palais de Tokyo et s’est dispersé dans l’espace. » Anita Molinero

Anita Molinero

Anita Molinero est née en 1953 à Floirac, elle vit à Paris.

En 1994 elle participe aux côtés de Frank Stella, John Chamberlain, Robert Grosvenor, Carel Visser et Nancy Rubins à l’exposition « Country sculpture » au Consortium de Dijon. Le Frac Limousin en 2002, le Grand Café en 2003, le Mamco à Genève en 2006, le Frac Alsace et le Frac Basse-Normandie en 2009, le Consortium de Dijon en 2014 et le Museo Ettore Fico à Turin en 2015 lui ont consacré des expositions personnelles. En 2012, elle a été choisie pour créer la station de la porte de la Villette sur la ligne 3b du tramway d’Île-de-France. En 2015, elle obtient le prix résidence de la Fondation Salomon à New York. Ses oeuvres font partie d’importantes collections publiques dont celles du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du Frac Alsace, du Frac Bretagne, du Frac Languedoc-Roussillon, du Fonds national d’art contemporain, du Consortium, Dijon ou encore du Mamco, Genève.

Elle est représentée par la galerie Thomas Bernard / Cortex Athletico à Paris.