The black moon

Tous les artistes Boris Achour
(né en 1966, vit et travaille à Paris)
Naissance du Mikado (2012)
Boris Achour travaille avec des spectacles en forme d’exposition, des récits sous forme de sculptures et des oeuvres d’art qui prennent les formes de la littérature. Traversant ses labyrinthes formels, chaque spectateur doit créer sa propre narration, par des associations libres, comme s’il se trouvait sur un divan, en train de reconstituer le fil de l’histoire de sa vie. Dans Naissance du Mikado on rencontre un groupe d’individus évoluant dans un environnement teinté de l’esthétique froide de Clockwork Orange et des rituels érotiques d’Eyes Wide Shut, qui se prête à des jeux dont les règles nous dépassent.

John Bock
(né en 1965, vit et travaille à Berlin)
Im Schatten der Made (2010)
John Bock réalise des oeuvres totales à partir de matériaux pauvres et de situations anodines, tout en adoptant une esthétique digne d’un opéra de Wagner ou d’un film de William Pabst. L’humour burlesque et la transgression de l’espace social sont des ingrédients récurrents de l’oeuvre de Bock, qui a aussi l’habitude d’organiser des conférences à partir de tables, d’armoires ou d’objets faits à la main. Im Schatten der Made, filmé dans un style de film expressionniste allemand des années 1920, raconte l’histoire d’un scientifique fou, d’une femme, d’un artiste et d’un automate qui ne peut prendre vie qu’à condition que la femme tombe amoureuse de lui.

Talia Chetrit
(née en 1982, vit et travaille à New York)
Crotch (2012)
Il n’y a rien de plus beau que de découvrir pour la première fois le corps de celui ou celle qu’on a longtemps désiré. Comment passer de la contemplation à l’action ? De l’inconnu au connu ? L’artiste américaine Talia Chetrit (qui vit et travaille à New York) zoome, s’arrête, et regarder l’être aimé, comme une caméra à la recherche d’une vérité cachée. Les origines, les identités restent paradoxalement dissimulées. La nudité devient alors une manière de mieux se cacher.

Sophie Dubosc
(née en 1974, vit et travaille en Normandie)
Figure bras jambe (2009)
L’univers de Sophie Dubosc se compose de corps de cire à l’aspect diaphane. Mais ces corps sont la plupart du temps morcelés, naufragés dans des salles abandonnées. Ici et là, on dirait qu’ils reprennent vie, pour partir dans une aventure sans but ni fin. Freud et Magritte auraient été ravis, car ces cadavres exquis arrivent à se rebeller contre toute lecture psychanalytique étroite, qui associerait le morcèlement du corps à un traumatisme. Figure bras jambe, qui a été également présenté dans la grotte du Mas d’Azil, avance dans l’espace comme un inconscient corporel.

Latifa Echakhch
(née en 1974, vit et travaille à Martigny)
Tambour 36’ (2012)
Le travail de Latifa Echakhch va au coeur des problèmes socio-politiques d’aujourd’hui en travaillant sur la chose la plus sacrée - l’origine culturelle. Ici, la culture devient une fiction, un trompe-l’oeil, rien de plus qu’un décor mettant en lumière ce qui se trouve tout autour, c’est-à-dire la vie elle-même. Une lutte métaphysique autant que formelle s’exprime par exemple dans Tambour 36, encre indienne sur toile. Cette toile nous fait penser à la fois à une tâche de couleur, mais aussi à un oeil qui nous regarde le regarder, nous plongeant ainsi dans un jeu de mise en abyme.

Carl Johan Högberg
(né en 1979, vit et travaille à Amsterdam)
JJ (2012)
Carl Johan Högberg est profondément fasciné par l’histoire du montage surréaliste ainsi que par le traitement de l’image post-Warburgien. Ici il ne s’agit plus de créer un atlas d’images décontextualisées, mais de créer de nouveaux caractères historiques. Högberg est fasciné par la reine de l’écriture automatique, Hélène Smith, par Nadja d’André Breton, mais aussi par les liens cachés de ces deux femmes, plus ou moins fictives, avec les hommes qui les ont entourées. Dans JJ, on voit un homme au visage renversé, en train de jouer du piano. Qui est-il ? De quelle histoire est-il le protagoniste ?

Pierre Huyghe
(né en 1962, vit et travaille à New York)
The Host and the Cloud (2010)
Dans le roman L’invention de Morel de Adolfo Bioy Casares, le protagoniste essaye de préserver son amour pour Faustine en inventant une « machine d’immortalité » qui la transforme en une oeuvre d’art. Le processus inverse est-il possible ? Cette question semble hanter le film de Pierre Huyghe (qui vit et travaille à Paris) The Host and the Cloud (2010), issu de la transformation d’un musée abandonné en un labyrinthe de fictions, de messes noires, de noeuds borroméens, de séances d’hypnose et de mystérieux événements, qui invite le visiteur à un véritable voyage psychonautique.

Julien Langendorff
(né en 1982, vit et travaille à Paris et New York)
A Sedated Summer Apogee series (2012)
Depuis la nuit des temps, l’humanité engendre des monstres, et chaque époque possède les siens. Dans le cas de Julien Langendorff, il s’agit plutôt de monstres vintage tirés des films d’horreur de Dario Argento et de Kenneth Anger ou de la musique de Black Sabbath. Sa réinterprétation par l’artiste est romantique. Il les découpe et les rassemble dans des collages. Langendorff, ce prince des ténèbres, nous rappelle que l’humour et l’exubérance des couleurs sont la meilleure façon d’apprivoiser ces monstres, pour ne pas mentionner l’amour lui-même.

Joanna Lombard
(née en 1972, vit et travaille à Stockholm)
Orbital Re-enactments (2010-2011)
Le travail de l’artiste suédoise Joanna Lombard joue de la frontière entre l’imaginaire collectif et l’imaginaire individuel. Partant de ses souvenirs d’enfant, les oeuvres de Lombard flottent entre un monde de répression psychologique, une libération psychanalytique et une catharsis cinématographique. Dans Orbital Reenactments, quatre scènes différentes sont enregistrées de façon impersonnelle et mécanique par une caméra qui tourne dans un travelling panoramique, racontant les histoires ambiguës d’une société où les règles et les tabous ont changé de place. Lombard place les événements dans un espace, à mi-chemin entre le bien et le mal, l’imaginaire et le réel.

Ursula Mayer
(née en 1970, vit et travaille à Londres)
Le déjeuner en fourrure (2008)
Le travail d’Ursula Mayer établit une relation entre l’image, la psychologie et l’architecture du souvenir. Le Déjeuner en fourrure (2008) crée une rencontre imaginaire entre Meret Oppenheim, Dora Maar et Joséphine Baker dans une maison moderniste au coeur d’un paysage tropical. Réunies autour de la célèbre tasse en fourrure de Meret Oppenheim, les trois femmes interagissent avec une série d’objets se référant aux avant-gardes, comme le portrait de Dora Maar réalisé par Picasso, un échiquier aux formes surréalistes, ou encore la présence suggérée du photographe Man Ray par le biais de poses adoptées par les actrices.

Melvin Moti
(né en 1977, vit et travaille à Rotterdam)
The Black room (2005)
« L’imagination est un acte politique » disait Robert Desnos, l’un des membres les plus singuliers du mouvement surréaliste. The Black Room (2005) de l’artiste néerlandais Melvin Moti est construit autour d’une interview fictive de Desnos qui évoque la volonté des surréalistes de transformer le monde à travers des séances de rêves collectifs, tout en essayant de comprendre pourquoi ils ont échoué. La voix de Desnos est accompagnée par un travelling sur les arabesques en trompe-l’oeil de la fresque de la villa d’Agrippa à Boscotrecase.

Isabel Nolan
(née en 1974, vit et travaille à Dublin)
A single drop of benevolence (2009)
Les installations de l’artiste irlandaise Isabel Nolan résistent à toute interprétation possible : leurs formes à la fois futuristes et archaïques évoquent le fameux monolithe de 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick qui incite les singes à commencer à penser. Dans une société qui se déchire plus que jamais entre une philosophie matérialiste qui nie toute possibilité d’un au-delà et une philosophie idéaliste qui ne cherche que la transcendance, les oeuvres d’Isabel Nolan semblent vouloir créer une synthèse à travers un « matérialisme métaphysique ».

Ylva Ogland
(née en 1974, vit et travaille à Stockholm)
Snöfrid (2007-2012)
L’artiste suédoise Ylva Ogland travaille à l’intersection de la peinture et de la magie, du narcissisme et du voyeurisme. Ses installations s’inspirent de Vélasquez et d’Hilma af Klint. Elles représentent les étapes d’un processus alchimique où sa cosmologie personnelle est tantôt tournée vers l’intime, dans des tondi érotiques avec des jeux de miroirs, tantôt ouverte vers des rencontres aléatoires où Snöfrid, l’alter-ego de l’artiste, laisse émerger son monde secret lors de performances ésotériques utilisant des boissons alchimiques, des oracles et des miroirs.

Erik Pirolt
(né en 1977, vit et travaille à Kristiansand et Oslo)
Flying view – Love is in the air (2011)
Comment échapper aux contraintes de la société, tout en créant un micro-univers vivable ? Dans les constructions romantiques d’Erik Pirolt, le temps du loisir et du travail s’abolit à la faveur d’une utopie retrouvée, où l’amour de la vie, de l’art, et surtout de la nature convergent dans des installations en bois surréalistes. Dans Flying view – Love is in the air (une structure en bois, représentant une fusion totale de la sculpture et de l’architecture, avec un king size bed et quelques meubles auxiliaires), on peut s’évader, seul ou accompagné, pour une rêverie bien protégée.

Émilie Pitoiset
(née en 1980, vit et travaille à Paris)
Une seule erreur (2009), Les actions silencieuses (2013)
Nous vivons l’époque du storytelling, dans des récits plus ou moins bien racontés, mais comment réécrire ce qui nous écrit ? L’artiste française émilie Pitoiset déconstruit les dispositifs de la narration, en vidant les mots de leur sens et en usant de la répétition. Chaque objet, quel qu’il soit (un masque, des gants, un éventail de cartes, une doublure divisée ou un être décapité) jouit de l’équilibre subtil entre le désir de contrôle et le lâcher prise, d’une société inavouable dont les rituels et les actions ne cessent de nous échapper.

Agnieszka Polska
(née en 1985, vit et travaille à Berlin et Cracovie)
The Death of the king (2009)
Agnieszka Polska travaille avec des collages de photos reconfigurés et animés, dans une esthétique qui renvoie à la photo d’archive de guerre et aux pratiques artistiques de l’avant-garde. The Death of the King, est une série de collages en noir et blanc, basée sur des photos de films illustrant la révolution sexuelle. L’artiste répond également aux rites décrits par des anthropologues qui connaissent les cultures primitives – la suspension des droits après la mort du roi – afin de créer une vision de la société après une catastrophe. Les oeuvres de Polska explorent une histoire de malentendus, des omissions et des trous noirs dans l’histoire de l’art et l’inconscient collectif.

Hans Rosenström
(né en 1978, vit et travaille à Helsinki et Stockholm)
Mikado (2009)
Hans Rosenström a l’habitude de construire des oeuvres acoustiques, aux voix et aux discours si troublants qu’on a l’impression d’avoir loué sa tête à des inconnus, qui non seulement réclament l’espace, mais le transfigurent entièrement. Dans Mikado, on entend la voix parfois douce, parfois inquiétante d’un homme proche du psychopathe qui essaye de déconstruire et de contrôler une personne en face de lui. De ce fait, l’auditeur qui prend la place de ce fou, entre ainsi dans un jeu psychanalitique imprévisible. Ainsi, le visiteur participe à la création de l’oeuvre, et, chaque oeuvre diffère d’une personne à l’autre.

Martin Soto Climent
(né en 1977, vit et travaille à Mexico)
One’s Mind (2003), 2700 M.u. Meer (2009)
Les rébus fétichistes de l’artiste mexicain Martin Soto Climent semblent sortis d’un conte érotique où le masculin et le féminin, le chapeau et l’oeuf, le bâton et la perruque, entrent dans un jeu de séduction qui transgresse les relations de pouvoir. Il semble que Climent essaie d’illustrer l’ancienne formule scolastique de la coïncidence des opposés. Dans ces rendez-vous formels, l’opposition se trouve transcendée ; une vaste énergie érotique et narrative naît de leur complémentarité.

Linda Tedsdotter
(née en 1975, vit et travaille à Göteborg)
Therapy (2001)
Il y a souvent un moment de surprise et d’émerveillement dans le travail de Linda Tedsdotter qui nous renvoie à des fantasmes qu’on ne pensait même pas avoir. Therapy se compose d’une série de sculptures sonores qui offrent aux utilisateurs à la fois l’amour et la luminothérapie. Le spectateur est invité à s’asseoir, sa tête insérée dans une boîte pour écouter une voix qui vous fait une déclaration d’amour, à travers une série de compliments. Therapy, cette installation conçue pour être utilisée pendant l’hiver sombre et déprimant de la Suède, devient un espace à la fois utopique et dystopique, qui nous envoie dans un futur où les machines seraient prestataires d’amour à la place des humains.